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Ituri : sans nourriture ni sécurité, 76 000 déplacés survivent à Plaine Savo, alerte MSF

Ituri : sans nourriture ni sécurité, 76 000 déplacés survivent à Plaine Savo, alerte MSF

À proximité de Fataki, dans le territoire de Djugu, des dizaines de milliers de personnes déplacées vivent dans des conditions extrêmement précaires.

L’ insécurité, le manque de nourriture, accès limité à l’eau et absence de moyens de subsistance, voilà des maux qui freinent leur retour à domicile.

Selon Medecin sans frontières, quelque 76 000 personnes déplacées vivent actuellement sur le site de Plaine Savo, près de Fataki.

Fuyant les violences dans leurs villages, ces familles restent confinées sur le site en raison de l’insécurité persistante dans les zones environnantes.
Parmi elles, Antoinette, 60 ans, vit depuis huit mois dans un abri de fortune de quelques mètres carrés. Elle a fui Bule en décembre dernier, après de violents affrontements entre le groupe armé Convention pour la révolution populaire (CRP) et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

« Nos maisons ont été incendiées. Le jour où nous sommes partis, il y avait des tirs partout. Les gens ont fui sans rien emporter. Certains ont été tués, d’autres violés ou enlevés », témoigne-t-elle.

Pour cette sexagénaire, l’incertitude demeure également sur le sort de plusieurs personnes portées disparues lors des violences.

À leur arrivée à Plaine Savo, les déplacés ont dû faire face à un manque criant d’abris. « Nous avons passé environ deux semaines sans abri ni bâche en plastique, à la merci de la pluie. Nous avons finalement construit de petites huttes avec des morceaux de bois, du plastique et de la paille », raconte Antoinette.

Depuis, les conditions de vie restent particulièrement difficiles. Le site est fortement peuplé et l’insécurité dans les environs empêche encore de nombreuses familles de rejoindre leurs champs, les marchés ou les points d’eau.

Emmanuelle, 42 ans, fait partie de ces déplacées. Blessée à la cuisse alors qu’elle cherchait du bois de chauffage aux alentours du site, elle est actuellement prise en charge à l’Hôpital général de référence de Fataki.

Elle explique que les tirs sont régulièrement entendus autour du site.
« Quand les tirs commencent, tout ce que nous pouvons faire, c’est nous coucher au sol, parce que nous n’avons nulle part où fuir. »

Pour elle, le retour aux activités agricoles permettrait pourtant aux familles de retrouver progressivement leur autonomie.

« Les champs sont toujours là, mais ils ne sont plus cultivés et nos maisons sont complètement détruites. »

La dépendance à l’aide humanitaire constitue une autre préoccupation majeure.
Depuis décembre, seulement deux distributions alimentaires ont été organisées sur le site, selon les témoignages recueillis.

« Les vivres sont épuisés et nous attendons toujours la prochaine distribution. Nous n’avons presque rien à manger et les enfants souffrent. La vie ici est très dure », déplore Antoinette.

L’insécurité et les restrictions de mouvement compliquent également l’accès des organisations humanitaires au site, alors que les besoins restent considérables.

Face aux besoins sanitaires, Médecins Sans Frontières (MSF) a installé en février un poste de santé pour offrir des soins essentiels aux déplacés.

Alphonsine, infirmière superviseure, y travaille après avoir elle-même fui Bule à cause des violences.

Elle se souvient de la situation sanitaire particulièrement préoccupante observée à l’arrivée des déplacés.

Diarrhée, gale, fièvre typhoïde et infections parasitaires se propageaient notamment en raison du manque d’eau potable.

« Il y avait des maladies et des décès. Depuis que MSF est ici, le nombre de décès a vraiment diminué », témoigne-t-elle.

Malgré cette présence médicale, les besoins demeurent importants.
Pour les habitants de Plaine Savo, l’amélioration durable de leur situation dépend avant tout du retour de la sécurité, de l’accès aux moyens de subsistance et d’une assistance humanitaire adaptée à l’ampleur de la crise.

À Plaine Savo, derrière les chiffres, ce sont des milliers de familles qui continuent ainsi de vivre dans l’attente d’un retour possible chez elles et d’une vie débarrassée de la peur.

Redaction

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