Santé mentale en Ituri : les survivants d’Ebola au premier plan
À Bunia, la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée jeudi 15 octobre, a mis un accent particulier sur les survivants de l’épidémie d’Ebola en Ituri.
Organisée par le Programme national de santé mentale en Ituri, cette activité a souligné l’importance de l’accompagnement psychologique des personnes affectées par les crises qui frappent la province.
Au-delà de la guérison physique, les séquelles psychologiques de l’épidémie d’Ebola constituent une préoccupation majeure pour les acteurs de la santé mentale en Ituri.
À l’occasion de cette commémoration, les survivants de la maladie, les familles endeuillées et d’autres personnes affectées ont été placés au centre des échanges.
Pour Sephora Nyonyi, responsable du Programme national de santé mentale en Ituri, cette activité visait notamment à réunir les personnes touchées par les différentes crises afin de promouvoir leur bien-être psychologique et de renforcer la sensibilisation sur la santé mentale.
« À travers plusieurs crises qu’a connues l’Ituri, la guerre, la maladie à Ebola, des gens ont perdu. Beaucoup ont perdu des êtres chers, des biens et même, pour certains, des parties du corps. C’était également une occasion pour nous de sensibiliser sur la santé mentale », a-t-elle déclaré.
Cette commémoration a également offert aux survivants d’Ebola un cadre pour exprimer les difficultés auxquelles ils restent confrontés après leur guérison. Une démarche importante dans un contexte où les conséquences d’une épidémie peuvent persister bien après la disparition des symptômes physiques.
De son côté, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a insisté sur la nécessité de prendre en compte les traumatismes psychologiques liés à cette maladie.
Selon le Dr Marcel Kyungu, neuropsychiatre à l’OIM en Ituri, les besoins en santé mentale concernent non seulement les personnes ayant contracté Ebola, mais aussi leurs familles et les témoins de situations traumatisantes.
« Les gens voient seulement la maladie, ils voient la guérison. Mais nous voyons les stigmates psychologiques, tout ce qui peut en découler. Il y a des gens qui ont été témoins de ces moments difficiles sans avoir contracté la maladie, mais qui vont souffrir sur le plan mental », a expliqué le spécialiste.
L’OIM indique intervenir dans plusieurs milieux, notamment au sein des communautés, dans les structures hospitalières et aux points de contrôle et d’entrée, afin de contribuer à la prise en charge des besoins en santé mentale. Aucun chiffre précis n’a toutefois été communiqué concernant le nombre de personnes accompagnées dans la zone de santé de Bunia.
Pour le Dr Marcel Kyungu, les expériences vécues au cours des différentes crises doivent également servir de base à la reconstruction individuelle et collective.
« Nous devons capitaliser nos expériences. C’est-à-dire que nous avons vécu des moments difficiles, nous devons les capitaliser et pouvoir nous relever », a-t-il souligné.
Célébrée chaque année le 10 octobre, la Journée mondiale de la santé mentale a ainsi été commémorée à Bunia le 15 octobre afin de favoriser la participation des bénéficiaires.
Cette activité remet en lumière un enjeu essentiel en Ituri : la guérison physique ne signifie pas toujours la fin des souffrances.
Le soutien psychologique des survivants d’Ebola, des familles endeuillées et des autres personnes affectées par les crises demeure indispensable à leur rétablissement et à leur réintégration sociale.
Constant Same Bagalwa
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